GALLEGOS
y ARNOSA (José)
Né à Xeres( Espagne), Ie 3 mai 1857.
Vit à Rome.
Une des plus intéressantes excursions
que l’on puisse faire à Rome est la visite
des ateliers de la Via Margutta, le vieux quartier des
artistes: chaque maison, du rez-de-chaussée,
où habitent des sculpteurs, jusqu’aux toits
et aux terrasses en plein air, abrite une population
pleine de vie et de gaieté. 
Cette visite est d’autant plus interessante que
toutes sortes de nations s’y roncontrent et que
chaque atelier est comme un coin de patrie où
la décoration, les oeuvres d’art et les
bibelots évoquent en cet éspace étroit
le pays de l’artiste. Un des plus beaux et des
plus caractéristiques parmi ces ateliers est
celui dont José Gallegos a su faire un cadre
tel que peut en créer un artiste qui connait
les multiples beautés de son pays a travers les
siècles et sait en former un ensemble synthétique.
A celui qui connaît les tableaux où Gallegos
a retracé d’un pinceau habile les intérieurs
des vénérables basiliques espagnoles et
su exprimer tout le charme d’une religion mêlée
à la fois d’austérité et
de magnificence oriontale, ce merveilleux atelier semble
on musée dans lequel l’artiste a réuni
des objets d’art de tous les temps : ustensiles,
armes, étoffes précieuses, auxquels sa
fantaisie sait dans ses tableaux conférer une
vie nouvelle. Cet amour des anciennes traditions hispano-arabos
at de tout ce qui subsiste encore d’oriental dans
les blanches cités où régna l’Islam
lui est si particulier qu’il se manifeste même
dans ses tableaux italians. Jusque dans la pénombre
sacrée d’Assise, autour des sévères
fresques romanes et gothiques, brillent comme des étincelles
de la fantaisie mauresque.

La lumière qui pénetre dans les églises
à travers les vitraux colorés, celle du
plein soleil qui donne aux fleurs leur magnificence
et qui baise les joues des filles au teint ambré,
ce soleil sous l’éclat duquel étincellent
les armes et se cabrent les chevaux écumants,
il en fait son amour, le but de toutes ses créations
artistiques. Dès ses plus jeunes années
il se sentit puissamment attiré vers les pays
où le soleil brille le plus vivement et c’est
par un voyage d’études en Afrique qu’il
commença sa carrière artistique. Né
a Xérès de la Frontera en 1859, il réussit,
après bien des luttes avec son père, à
suivre sa vocation artistique et il entra à l’Académie
des Beaux-Arts de Madrid dans l’atelier de Madrazo.
Mais, plus encore que les cours de l’Académie,
la libre nature l’attirait ; il cherchait, en
de longues excursions, à en surprendre les beautés
et aimait principalement à peindre en vive lumière
animaux, hommes ou paysages. Sa Noce arabe au soleil,
conservée au Musée national de Madrid,
montre quelle était déjà l’éntendue
de ses connaissances en ces années d’études.
En méme temps il parcourait les vieux quartiers
de Madrid à la recherche des anciennes maisons
pittoresques, des petits jardins cachés, des
types populaires intéressants. A Rome, où
il arriva en 1880, il peignit encore pendant quelque
temps des scènes orientales, telles que son célèbre
Butin de guerre où l’on voit une
sentinelle en armes, muette et sérieuse, gardant
les belles esclaves conquises par son maître,
reconstitution trés réussie de temps évanouis
et qui témoigne de sa science de dessinateur.
Depuis quelques années il s’est adonné
presque exclusivement aux scenes de moeurs; à
ce groupe appartiennent quelques délicats tableaux
paints avec beaucoup de goût, représentant
des intérieurs d’anciens palais romains,
puis des compositions religieuses d’une couleur
somptueuse parmi lesquelles il faut noter la série
des Sacrements, où il a su évoquer
toute la pompe des anciennes églises espagnoles,
et des vues de processions, telles que la magnifique
solennité de la Fête-Dieu à Venise,
où il fait briller son cher soleil sur le groupe
éclatant des enfants de choeur vêtus de
blanc.
La tableau que nous reproduisons ici appartient a ceux
que Gallegos paint plutôt pour sa propre satisfaction
que pour le goût des amateurs. Les jeunes raccommodeuses
de tapis sont assises dans le vestibule de la maison,
et le soleil luit à travers la feuillage du jardin.
C’est un de ces coins tranquilles comme l’artiste
les aime, pour y observer en toute tranquillité
le jeu des rayons d’or parmi les fleurs et la
verdure.
Depuis quelques années José Gallegos
s’occupe aussi de sculpture, et le grand baldaquin
d’autel qu’il a composé pour l’église
Saint-Jacques de sa villa natale nous le montre sous
son nouvel aspect. Mais le peintre se manifeste même
dans cet ouvrage, où les arcades de marbre blanc
de la coupole gothique at les robustes figures de saints
en bronze qui l’accompagnent forment un ensemble
pittoresque plein de couleur.
F. HERMANIN,